C’était comme écrit d’avance, puisque l’histoire se répète : malgré les appels à un changement de méthode régulièrement indiqués ces derniers temps par le nouveau ministre de la Communication (il n’a pas encore fait un an au ministère place Hôtel de ville) qui veut démontrer qu’il n’y a pas de presse publique et presse privée ; malgré les efforts consentis par le ministre en charge des Sports, qui a fait de la participation des Lions indomptables à la coupe du monde 2010 (la première à se tenir en Afrique) un événement national de même niveau que la reprise de la presqu’île de Bakassi, qui a voulu associer la presse privée à l’effort du gouvernement d’organiser une couverture la plus large possible de cet événement mondial, ce sont les services du Premier ministre, comme d’habitude, qui ont tout rejeté en bloc, au motif qu’il faut privilégier les primes des Lions indomptables et la presse publique dans une année financièrement difficile, où les traites des dettes du Cameroun auprès des institutions de Bretton Woods sont particulièrement lourdes.
Les Lions se sont donc envolés hier [mercredi 9 juin] pour Durban en Afrique du sud. Mais qui ont-ils retrouvé sur place une fois arrivés ? Un protocole des plus sommaires. Difficile de croire qu’il y a une représentation diplomatique camerounaise en Afrique du sud. Personne. Aucune trace d’un journaliste de la presse publique, là où dans tous les autres pays, ces mêmes journalistes avaient déjà pris leurs quartiers et racontaient au menu l’arrivée de leurs équipes nationales respectives.
Mais qui a-t-on trouvé sur place? Bien sûr, les journalistes de Canal 2 international qui, depuis quelques jours déjà, ont établi un studio sur place et ont pu faire vivre aux milliers de téléspectateurs camerounais d’ici et de la diaspora, entre images de l’arrivée des Lions en Afrique du sud et premières impressions des officiels de la fédé comme du ministère, la vraie température de ce mondial qui va enfin commencer demain.
Point n’est besoin ici de jouer les pleureuses. De toute façon, les plus grands médias privés seront bien présents en Afrique du sud, en partie par un effort exceptionnel du ministère chargé des Sport et de la Fécafoot, en partie aussi par leurs moyens propres. Ce qui est regrettable, c’est la logique du gouvernement qui n’arrive pas à tenir un langage cohérent. Qui finance une presse publique avec l’argent de tous les Camerounais sans lui assigner des résultats. Qui clochardise la presse privé qu’il redoute et qui, pourtant, l’aide à assumer ses missions de service public. Cette grosse hypocrisie refait surface chaque fois que le pays se retrouve en difficulté au plan international, et où on demande au ministre de la Communication de service de monter au créneau pour rappeler le devoir citoyen, le sentiment patriotique. Canal 2 a administré une belle leçon de patriotisme et de professionnalisme. Mais qui peut jurer qu’on saura en tirer les leçons ?
© Mutations : Par Alain B. Batongué